Vivien...1672

Publié le par Michel Ladouceur

Chronique de Vivien Lamagdeleine dit Ladouceur : 1672

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Samedi, le 20    février 1672, à 33 ans, Vivien prenait donc possession d’une terre de quarante arpents en superficie au Sault Saint-Louis, concédée par les Seigneurs de l’Ile, les Sulpiciens. Il s’agissait d’une censive étroite mais très profonde, débutant sur la rive du fleuve St-Laurent en face des rapides dit du Sault St-Louis, ainsi nommée par Champlain parce qu’un de ses compagnons y périt noyé.  Ce territoire connut au fil du temps plusieurs appellations : Côte-des-Argoulets, Côte-du-Sault-Saint-Louis, Pointe-Saint-Louis, Fief ou Côte-de-Verdun et Côte-de-la-Rivière-Saint-Pierre.
 
Selon le greffe du notaire Antoine Adhémar, Vivien eu au cours des années comme voisin entre autres les dénommés Louis D’Ailleboust , Nicolas Dupuis Montarvan, puis en 1689 Vincent Jean. Est-ce que Vivien s’établit immédiatement sur sa terre ? On ne sait. Il a peut-être continué à vivre à Ville-Marie pour quelques temps, y exerçant son métier de cordonnier  ou encore y faisant la traite des fourrures, florissante à l’époque. Vu sa carrière de militaire, il est probable qu’il se plaisait plus en société qu’en exil sur une terre. Et que des activités de construction de défense de Ville-Marie étaient plus dans ses cordes. 
 
Ce n’est que l’année suivante, en 1673, qu’un chemin menant de la ville vers la paroisse de Lachine, située en amont des rapides du même nom, fut construit sous l’ordonnance de Louis de Buade de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle- France.
 
Ville-Marie comptait peu d’habitants à cette époque. On peut parler d’un village d’environ 600 habitants, qui vivaient  dans de modestes maisons de bois, chassaient, pêchaient et marchandaient avec les amérindiens. Le commerce des fourrures était alors plus florissant que le labour de la terre. À cette époque ,Vivien était le concitoyen entre autres de Marguerite Bourgeois et de Jeanne Mance.
Ville-Marie était sous la gouverne de François-Marie Perrot (1644-1691), neveu de Jean Talon. Il remplaçait Paul Chomedey de Maisonneuve   qui était retourné en France. Arrivé à Montréal en 1670,  Perrot conserva son poste jusqu'en 1683 mais sa participation à la traite des fourrures et son application arbitraire des règlements suscitèrent de nombreuses controverses.
 
 L’île de Montréal  était la propriété des Messieurs de St-Sulpice depuis le 9 mars 1663. En 1672, François Dollier de Casson occupait le poste de supérieur du séminaire et, par conséquent il gérait la seigneurie des Messieurs de St-Sulpice.  À ce titre, il contrôlait maints aspects de la vie des citoyens de Ville-Marie et des habitants établis sur leurs concessions. Il organisa en 1672  la construction de l’église Notre-Dame. Et, assisté de Bénigne Basset, notaire, greffier et arpenteur, il entreprit le tracé des premières rues de Montréal.
 
Puis, le dimanche 20 novembre 1672, Vivien âgé de 34 ans contractait mariage devant le notaire  B. Basset dit Deslauriers à Montréal le 20 novembre 1672 :
" Contrat de mariage entre Vivien Magdelaine dit Ladouceur, habitant, de l'île de Montréal, fils de Jean Magdelaine, laboureur et de Élisabeth Parise, de la paroisse St-Hilaire, diocèse de Xaintes; et Marie Godin, fille de Pierre Gaudin, charpentier et de Jeanne Rousselière, de l'île de Montréal. "
 
Il épousait le lendemain, lundi le 21 novembre 1672,  à l’église Notre-Dame  Marie Jeanne Godin, dit Châtillon, née à Montréal le jeudi 19 avril 1657, fille de Pierre Godin (1630 -1685) et de Jeanne Rousselière. Jean Martinet, maître chirurgien, Guillaume Bouchard et Jean Chevalier, habitants  étaient présents au mariage et l’abbé Gilles Perot officiait selon le registre paroissial où étaient aussi inscrits les noms des parents des nouveaux époux : Jean Lamagdeleine, Élisabeth Parrisise, Pierre Gaudin Châtillon, charpentier, et Jeanne Rousselière. Marie Godin était âgée de 15 ans. De leur union naissaient de 1673 à 1687 huit enfants Lamagdeleine dit Ladouceur : Joseph, Mathurin, Étienne, Léonard, Jean-Baptiste, Marie, Nicolas  et Barbe.
 
Les grands parents maternels de Marie Godin dit Châtillon étaient Louis Rousselière et Isabelle Pariset. Du côté paternel, l’ascendance connue est de plusieurs générations. Le père, Pierre Godin dit Châtillon, né le 17 mai 1630 à St-Vorles, évêché de Langres en Haute-Marne, avait pour père Claude Godin, né vers 1600 à Châtillon sur Seine dans la même région, et pour mère Marie Bardin, mariés, semble-t-il, en 1620. Les parents de Claude Godin étaient Vorle Godin et Brigitte Gouzier, tous deux  nés vers 1570 et originaires de Châtillon sur Seine. Vorle était le fils de Maurice Godin, né vers 1535 à Givet dans les Ardennes en Champagne, et de Huguette Pampelune, née vers 1540. Ils s’étaient mariés probablement en 1560.
 
Pierre Godin fit partie de « La grande recrue »   organisée par Maisonneuve en 1653 pour peupler Ville-Marie. Il y épousa l’année suivante Jeanne Rousselière native de Saintes en Saintonge, donc de la même région que Vivien. Il fut propriétaire, du 5 novembre 1655 au 2 février 1662, d’un terrain de 32,983 pieds carrés français situé sur le côté nord de la rue  St-Paul, entre la rue St-Vincent et la rue St-Charles. Une maison de 481 pieds carrés français était construite sur ce terrain depuis le 1 mai 1655. Pierre Godin et Jeanne Rousselière ne restèrent à Lachine que le temps pour Godin de construire la chapelle des Saints-Anges, ouverte au culte en 1676 ; le temps aussi, pour leurs filles Marie et Catherine d'épouser deux soldats de Carignan, Vivier Magdelaine dit Ladouceur et Louis Fortin. Il vécut à Ville-Marie une vingtaine d’années avant de se rendre, en 1675, à Port-Royal en Acadie où il mourut en 1685.
 
Il semblerait que Marie était une adolescente assez espiègle pour ne pas dire autre chose. En effet, quelques mois avant son mariage, soit le 22 août 1672, un dénommé Pierre Boutaux dit La Ramée déposait devant  « Monsieur Le Baillif de l’Isle de Montréal en la nouvelle france » une plainte dont voici un extrait :
 
« Pierre Gaudin dit Chatillon et Laurent Gaudin, son fils avec chacun  un baiston de bois Vert de la grosseur Dun manche de hache et    apparament faits espres", seraient venus a lui alors qu'il était "dans son bled Dinde proche Sa Cabane". Led Gaudin père Luy a dit, Vous donnaste hyer Un soufflet à ma fille et Vous dittes qu'elle vient prendre vre pain, cela n'est pas Vray et avait pris led complaignant au Collet et du baston qu'il tenoit qui au même Instant fut secondé par Son dit fils, Lesquels tous deux ensemble L'ont sy fort maltraitté de Coups de Bastons et par trois reprises Le conduisant Tousjours battant Jusqu'à Sa Cabane dans laquelle II se seroit enfermé pour Eviter leur furie, qu'il en est tout moulu des coups en plusieurs parties de Son corps comme il se pourra mieux Voir par le rapport du chirurgien qui la Visité et pensé cy attaché et dans la suite Seroit Venue La femme Du dit Gaudin père avec Une espée amanchée Toute en cholere Laquelle luy ayant esté osté par son fils Laurent, laquelle II passoit au travers des fentes et entredeux des pieux de Sa ditte Cabane, pour Tascher a en offenser led Complaignant, disant Tuons ce Cocquin La mon père, et nous le Jetterons a la rivièree et sa mère entendant ces parolles, dit tue le ce coquin La ce qu'estant Un guet apend et assassin prémédité." (etc..)
 
et la conclusion après divers interrogatoires et témoignages  aurait été :
:
"fut communiqué au procureur fiscal et par ses Mains a pairre Cinille pour y prendre telle Conclusion que Jay trouvé bon Estre faict les dit Jour et an que dessus...Il nappert aucune preuve Du Crime Imposé ausd acusez. C'e-t pourquoy, II semble que Le Crime demeure Impuny, faute de preuve...C'est pourquoy Je Requiers que lesd quatre paysans, La grande, soient ouys par la bouche, Pour ensuite prendre Telle Conclusions que nous Verrons bon estre.
 Ce XXXe aoust gbic Soixante & Douse
Basset
greffier po. labsence du
procureur fiscal
fut ledit Lagrandeur Assigné a Sertin Jour Competant Mandons & fait
ce 7bre 1672.
C. D'Ailleboust
 
Mais s’agit-il ici de Marie ou plutôt de Catherine, sa jeune sœur ? Par contre, dix ans plus tard, selon une autre source, une autre plainte fut faite.  Le 27 décembre 1682, Charles de Couagne portait plainte en justice contre Marie Godin. Il l’accusait de  vol. Le 31 décembre suivant, Vivien fut écroué avec son épouse à la prison de Montréal. Le 13 janvier 1683, il fait une déposition à ce sujet et une autre le 4 février suivant. Son épouse fut par la suite convaincue de vol et condamnée.
 Michel Ladouceur, Laval, Québec, Mars 2005
 

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