ESCLAVAGE EN NOUVELLE-FRANCE
ESCLAVAGE EN NOUVELLE-FRANCE
Pendant près de deux siècles, soit de 1632 à 1820, il y eut au Québec des esclaves. Certes l’esclavage ne fut pas présent ici sur une grande échelle, comparativement aux colonies anglaises où il constituait un facteur important du développement de ces colonies.
« Dans les colonies à sucre ou à tabac, l’esclavage a été un impératif de l’économie, mais au Canada français on ne trouve aucun secteur de la vie économique qui rende nécessaire la présence d’une main d’œuvre esclave… » (1)
On recense 4185 esclaves, en majorité des amérindiens, répartis sur deux siècles.
| 2683 | amérindiens | 64,1 % |
| 1443 | noirs | 34,5 % |
| 59 | amérindiens ou noirs | 01,4 % |
| 4185 | 100,0 % |
L’esclavage existait chez les nations amérindiennes avant l’arrivée des européens, au point que dans de nombreuses langues un seul mot était employé pour désigner le prisonnier et l’esclave. Ils étaient surtout originaires de peuples vivants sur les rives du Missouri et de la rivière Kansas. Et un de ces peuples, les Panis, fut très exploité. On croit que les deux tiers des esclaves amérindiens étaient des Panis, ce qui fit que le nom lui-même devint synonyme d’esclave.
Il n’y eu pas au Québec d’arrivées massives de noirs africains et il n’y eu pas de bateaux ‘’ négriers ‘’ dédiés au transport transatlantique des noirs comme dans les colonies anglaises. Les noirs constituaient plutôt un butin de guerre ou étaient des fugitifs. Leur nombre augmenta sous le régime anglais après la conquête et avec l’immigration des loyalistes.
L’esclave amérindien fut rapidement présenté comme un cadeau de bienvenue aux diverses autorités françaises : découvreurs, explorateurs, gouverneurs, commandants militaires, etc. Louis XIV autorisa en 1689 les français de la colonie et les canadiens à posséder des esclaves noirs mais les guerres empêchèrent la mise sur pied d’une organisation d’importation. En 1709, l’intendant Raudot déclarait que les Noirs et les Panis appartenaient à titre d’esclaves à ceux qui les avaient achetés ou qui les achèteraient. Dès lors, l’institution de l’esclavage est reconnue, elle est légale.
Mais l’esclave était un bien de luxe. N’étant pas nécessaire à la vie économique du pays, il fut surtout utilisé à des taches domestiques auprès de l’élite administrative, militaire et religieuse. Des commerçants et des communautés religieuses l’employaient comme aide à tout faire. Il était considéré comme un bien meuble enregistré de la même façon que les animaux. Il était acquis sous forme de cadeau, ou en héritage ou encore par achat. Il y eut un marché public à Montréal et il y eut des ventes à l’enchère. De 1767 à 1798, on peut compter 137 annonces dans diverses gazettes du pays.
Marcel Trudel dans son Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires (2) a compté 1574 différents propriétaires. Des 1535 dûment identifiés, 85,5 % étaient des francophones et 14,5 % étaient des anglophones. La très grande majorité des esclaves appartenaient donc aux francophones. On ne retrouve aucun grand propriétaire, en comparaison avec les colonies anglaises. Mais quand même quelques gouverneurs, quelques commerçants et quelques officiers, au nombre de 30 seulement, ont eu entre 10 et 27 esclaves. Les deux propriétaires qui en possèdaient plus sont les Jésuites, soit 46, et le Séminaire de Québec, soit 31.
.Durant les deux siècles d’esclavage, les esclaves se retrouvaient surtout en ville, soit 60,6 % des 4185 esclaves recensés.
| Villes | Amérindiens | Noirs | Total |
| Trois-Rivières |
35 |
07 |
42 |
|
Québec |
400 |
570 |
970 |
|
Montréal |
1007 |
518 |
1525 |
|
Total |
1442 |
1095 |
2537 |
Il est intéressant de noter que la région où on constate un grand nombre d’esclaves en dehors de ces trois villes est la région à l’ouest des rapides de Lachine. On peut penser que les esclaves étaient utilisés par de nombreux marchands et ‘’ voyageurs ‘’ (3) mais peut-être aussi par des ‘’ cajeux ‘’(4).
| Localités | Amérindiens | Noirs | Total |
|
Lachine |
90 |
31 |
121 |
|
Pointe-Claire |
18 |
02 |
20 |
|
Sainte-Anne-du-Bout-de-l’île |
18 |
03 |
21 |
|
Île Perrot |
02 |
|
02 |
|
Vaudreuil |
05 |
07 |
12 |
|
Rigaud |
|
08 |
08 |
|
Les Cèdres |
17 |
04 |
21 |
|
Total |
150 |
55 |
205 |
Il n’est donc pas étonnant que Jean-Baptiste Magdeleine de Lachine, l’un des fils de Vivien Lamagdeleine dit Ladouceur, fut propriétaire d’une « négresse » et de son enfant à la fin du XVIIIème siècle.
Michel Ladouceur
Laval, Québec
17 sept. 2005
NOTE :Toute l’information présentée ici est issue des deux outils de référence incontournables de Marcel Trudel.
1 : Trudel, Marcel : Deux siècles d’esclavage au Québec, Éditions Hurtubise HMH ltée, Montréal, 2004
2 : Trudel, Marcel : Dictionnaire des esclaves et de leurs propriétaires, CDROM, Éditions Hurtubise HMH ltée, Montréal, 2004
3 : voyageur = entrepreneur contractant avec des marchands pour la traite des fourrures
4 : cajeux = convoyeur de troncs d'arbres flottant sur les rivières pour les conduire aux scieries ( les cages étant les radeaux formés par les troncs d'arbres ).